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Sous Naples s’étend un labyrinthe de 80 km de galeries creusées dans le tuf volcanique sur 2 500 ans d’histoire — de l’aqueduc grec aux abris de la Seconde Guerre mondiale. Trois sites majeurs ouvrent aujourd’hui leurs portes aux visiteurs : Napoli Sotterranea, Galleria Borbonica et les catacombes de San Gennaro. Visites guidées obligatoires, tarifs entre 10 et 18 €, réservation en ligne fortement conseillée.
On arrive Piazza San Gaetano par une matinée d’avril. Les terrasses débordent, les scooters négocient les rues étroites du Spaccanapoli, et une file de touristes patiente devant une porte discrète. Derrière elle : un escalier de 136 marches, et une ville entière enfouie sous la ville. Personne, en surface, ne devine ce qu’il y a dessous. C’est peut-être ça qui rend la chose troublante.
Un réseau souterrain de Naples vieux de 2 500 ans
Le sous-sol de Naples n’est pas un accident géologique. C’est une construction humaine, accumulée couche après couche depuis la préhistoire. Les premières traces de creusement remontent à environ 5 000 ans. Mais c’est à partir du IIIe siècle avant J.-C. que le travail prend une autre dimension.
Les Grecs, en fondant Neapolis, ouvrent les premières carrières pour extraire le tuf volcanique — une roche poreuse et relativement tendre — dont ils ont besoin pour bâtir les remparts et les temples de leur cité. Ces cavités initiales forment le premier niveau de ce qui deviendra, au fil des siècles, le réseau souterrain de Naples.
Les Romains héritent de ces galeries et les transforment profondément. À l’époque d’Auguste, un aqueduc monumental est construit : il achemine l’eau depuis les sources du Serino, à 70 km de Naples, via un réseau de tunnels et de citernes creusés dans le tuf. Sur les parois, on aperçoit encore le mortier hydraulique appliqué par les ingénieurs de l’époque pour étanchéifier les conduites. Cet aqueduc alimente la ville pendant près de deux millénaires — jusqu’en 1884, date à laquelle une épidémie de choléra force les autorités à l’abandonner. Les galeries deviennent alors une décharge géante, comblées de déchets sur parfois cinq mètres d’épaisseur.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ces mêmes galeries retrouvent une utilité brutale. La ville fait déblayer les gravats, installe des escaliers, de l’électricité, des bancs. Plus de 4 000 personnes s’y réfugient lors des bombardements alliés. Des familles entières y vivent pendant des mois dans des conditions précaires, avec peu de lumière et beaucoup d’humidité. Les graffitis qu’elles ont laissés sur les parois sont encore lisibles aujourd’hui. Ils ne donnent pas envie de relativiser sur grand-chose.
Aujourd’hui, les galeries officielles de la Napoli Sotterranea s’étendent sur environ 80 km, réparties en près de 5 000 cavités pour une superficie totale de plus de 3 200 mètres carrés. Tout le centre historique inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995 repose, au sens propre, sur ce réseau.
Les trois sites incontournables du réseau souterrain de Naples
Le réseau ne se visite pas en une seule fois ni par un unique accès. Trois sites distincts proposent des expériences différentes — dans le temps, dans l’atmosphère et dans ce qu’ils donnent à voir. Les choisir en fonction de ses intérêts change considérablement ce qu’on retient.
Napoli Sotterranea : le parcours officiel depuis la piazza San Gaetano
C’est le circuit le plus visité, géré par une association fondée en 1988. L’entrée se trouve Piazza San Gaetano, 68, à deux pas de la basilique San Paolo Maggiore et de l’ancien forum de Neapolis. Après avoir descendu 136 marches, on se retrouve 40 mètres sous le niveau de la rue.
Le parcours dure environ 1h30. Il passe par les citernes gréco-romaines, accessibles via des tunnels si étroits que certains ne se franchissent qu’à la lueur d’une bougie — section optionnelle, mais mémorable. On traverse aussi un théâtre gréco-romain partiellement enfoui sous les fondations d’une maison napolitaine typique, un basso dont les habitants vivent littéralement au-dessus de vestiges antiques. L’abri anti-aérien de la Seconde Guerre mondiale conclut la visite avec ses reconstitutions et ses objets d’époque.
- Le tarif plein est de 18 € en 2026. Les visites ont lieu toutes les deux heures, de 10h à 18h, en italien ou en anglais.
- En haute saison, l’attente peut atteindre 90 minutes : réserver en ligne en semaine, de préférence entre mardi et jeudi matin, pour éviter les bouchons de groupes.
- La température reste stable à environ 17 °C toute l’année — prévoir une couche supplémentaire même en juillet.
Galleria Borbonica : le tunnel du roi et ses fantômes de guerre
C’est un autre monde, au sens propre. La Galleria Borbonica n’a pas d’origine antique : elle est commandée en 1853 par Ferdinand II de Bourbon comme voie de fuite souterraine reliant le palais royal à la caserne de la Via Morelli. Le tunnel n’est jamais terminé. Puis vient la guerre.
Converti en abri civil entre 1939 et 1943, il accueille entre 5 000 et 10 000 personnes lors des raids aériens alliés. Après la guerre, il sert de dépôt judiciaire pour les véhicules saisis par la municipalité. C’est ce détail qui rend le lieu si singulier : des voitures et des motos des années 1940 à 1970 y gisent encore, poussiéreuses et silencieuses, entre deux sarcophages romains et une sculpture fasciste abandonnée. Des bénévoles de l’Association Culturelle Borbonica Sotterranea ont tout dégagé à la main au cours des années 2000 avant d’ouvrir le site au public en 2010.
La visite standard dure entre 60 et 90 minutes et coûte 10 € par personne. Les tours ont lieu du vendredi au dimanche à 10h, 12h, 15h30 et 17h30. Des formules spéléo ou aventure, avec combinaison et raft sur les anciennes citernes, sont disponibles sur réservation.

Les catacombes de San Gennaro : nécropole paléochrétienne sur deux niveaux
Situées hors du centre historique, sur la colline de Capodimonte dans le quartier de la Sanità, les catacombes de San Gennaro constituent les plus anciennes catacombes paléochrétiennes du sud de l’Italie. Creusées dès le IIe siècle dans le tuf volcanique, elles s’étendent sur 5 600 mètres carrés et abritent environ 2 000 niches mortuaires.
L’histoire du lieu est marquée par la dépouille de San Gennaro, saint patron de Naples, dont les restes y sont déposés au Ve siècle. Les catacombes deviennent alors un lieu de pèlerinage majeur jusqu’au IXe siècle, avant de tomber dans l’oubli pendant plusieurs siècles. Les fresques paléochrétiennes des IVe et Ve siècles, représentant saints et symboles religieux, font partie des mieux conservées d’Italie méridionale.
Le billet inclut l’accès aux catacombes de San Gaudioso, situées un kilomètre plus bas dans le même quartier, valable dans les 12 mois suivant la visite. Tarif adulte : environ 13 €. Visites guidées obligatoires, toutes les heures de 10h à 17h, réservation en ligne recommandée.

Tableau comparatif des trois sites
| Site | Profondeur | Tarif adulte | Durée | Période d’origine |
|---|---|---|---|---|
| Napoli Sotterranea | 40 m | 18 € | 1h30 | IIIe s. av. J.-C. |
| Galleria Borbonica | 30 m | 10 € | 60–90 min | XIXe siècle |
| Catacombes San Gennaro | colline tuf | 13 € | 50–60 min | IIe siècle apr. J.-C. |
Situation concrète : un couple de Français à Naples pour trois jours
Camille et Julien arrivent un jeudi à Naples. Ils ont trois jours, un budget raisonnable et souhaitent alterner culture souterraine et vie de surface. Voici comment ils organisent leur séquence souterraine sans perdre de temps ni d’énergie.
Le vendredi matin, ils descendent à la Napoli Sotterranea à 10h — heure d’ouverture, peu de monde. Billet acheté en ligne la veille, 18 € chacun. La visite de 1h30 comprend les citernes, le passage à la bougie et le théâtre romain. Sortis à 11h30, ils remontent via Spaccanapoli pour déjeuner. L’après-midi, ils rejoignent la Galleria Borbonica en métro ligne 1 (station Municipio), 10 minutes de marche. Visite de 14h, billet sur place : 10 €. Samedi matin, ils se rendent aux catacombes de San Gennaro en prenant le bus depuis le Musée National (lignes 168 ou R4, arrêt Basilica Incoronata). Visite à 11h, réservée en ligne. Billet unique qui donne accès aux catacombes de San Gaudioso dans l’année.
Ce circuit couvre l’essentiel du réseau souterrain de Naples sans chevauchement ni précipitation. Pour un séjour plus court, la Napoli Sotterranea seule reste le choix le plus synthétique : elle traverse 2 400 ans d’histoire en une heure et demie.

Ce qu’on ne vous dit pas toujours avant d’y aller
Le passage étroit de la Napoli Sotterranea — environ 70 centimètres de large, parcouru à la bougie — est optionnel. Les personnes claustrophobes peuvent s’arrêter au bord et attendre le groupe. Inutile de renoncer à toute la visite pour ce seul segment.
Aucun des trois sites n’est accessible en fauteuil roulant ni avec une poussette. La Galleria Borbonica permet partiellement l’accès à 60 % du parcours standard pour les personnes à mobilité réduite, via l’entrée du parking Morelli.
Les visites à la Napoli Sotterranea ne sont assurées qu’en italien et en anglais en accès direct. Des visites avec guide francophone existent, mais sur réservation spécifique — à anticiper si on tient à une explication en français sans effort de traduction.
En haute saison estivale ou les week-ends fériés, l’attente avant d’accéder à la Napoli Sotterranea peut atteindre 90 minutes sans réservation. Passer en semaine (mardi-jeudi) entre 10h et 12h réduit significativement ce délai. Les mois d’octobre à mars restent les plus tranquilles.
Questions fréquentes sur le réseau souterrain de Naples
Peut-on visiter les souterrains de Naples sans guide ?
Non. Tous les sites du réseau souterrain de Naples imposent une visite guidée obligatoire pour des raisons de sécurité et de préservation. Les parcours individuels ne sont pas autorisés, même avec une lampe torche.
Quelle est la meilleure période pour visiter les souterrains de Naples ?
Les mois d’octobre à mars sont les plus calmes, avec des files d’attente rduites. En semaine, les créneaux du mardi au jeudi entre 10h et 12h offrent les conditions les plus confortables pour éviter les groupes.
Les souterrains de Naples conviennent-ils aux enfants ?
Oui pour la grande majorité du parcours. Les salles sont souvent spacieuses et bien éclairées. Le passage étroit à la bougie est optionnel. En revanche, poussettes et chariots sont inutilisables en raison des escaliers et des sols irréguliers.
Faut-il réserver en ligne ou peut-on acheter son billet sur place ?
On peut acheter sur place à la Napoli Sotterranea et à la Galleria Borbonica, mais en haute saison l’attente dépasse facilement une heure. La réservation en ligne évite cette file et sécurise un créneau horaire précis, surtout le week-end.
Quelle différence entre Napoli Sotterranea et la Galleria Borbonica ?
La Napoli Sotterranea couvre l’histoire de l’Antiquité grecque à la Seconde Guerre mondiale via les citernes et aqueducs. La Galleria Borbonica est un tunnel du XIXe siècle à vocation militaire, reconverti en abri civil. Les atmosphères et les récits sont très différents.