🎧 Écouter le résumé de cet article

En bref — Situées à l’est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon forment un archipel de plus de 900 îles, encore largement ignoré du tourisme français. Épaves de guerre, lagon de Marovo, kastom mélanésien vivant et biodiversité marine parmi les plus riches du Pacifique : la destination a tout d’un voyage à part entière, sans la foule.

Il y a des destinations dont tout le monde connaît le nom sans jamais vraiment y penser. Les îles Salomon font partie de celles-là — et c’est précisément ce qui rend l’endroit intéressant. Pendant que les voyageurs français se disputent des chambres à Bora Bora ou cherchent encore des plages « secrètes » à Thaïlande, cet archipel mélanésien continue d’exister dans une discrétion presque intacte.

Ce n’est pas un paradis inaccessible. C’est simplement un territoire que personne n’a encore vraiment formaté pour le tourisme de masse — et ça se voit à chaque détail.

Un archipel au bout du monde — et au carrefour de l’histoire

Les îles Salomon s’étendent sur 1 448 kilomètres d’ouest en est, composées de 9 provinces, avec environ 1 000 îles dont 347 seulement sont habitées. La superficie terrestre avoisine 28 446 km², mais la zone maritime totale dépasse les 461 000 km². La capitale, Honiara, se trouve sur Guadalcanal — l’île principale — et constitue le seul point d’entrée aérien international du pays.

L’histoire de l’archipel débute bien avant les Européens. Les premiers humains s’y installent il y a environ 28 000 ans, venus d’Asie du Sud-Est. Une seconde vague austronésienne arrive autour de 3 200 ans avant notre ère, suivie du peuple Lapita, ancêtre des Polynésiens, entre 1 200 et 800 avant J.-C. Le navigateur espagnol Álvaro de Mendaña de Neira est le premier Européen à atteindre l’archipel, en 1568 — et faute de pouvoir calculer correctement la longitude, il faudra attendre deux siècles pour que les navigateurs Carteret (1767) et Bougainville (1768) le retrouvent.

Le Royaume-Uni établit un protectorat dans les années 1890. L’indépendance n’arrive qu’en 1978. Depuis lors, selon les données de l’Encyclopædia Universalis sur les îles Salomon, la population mélanésienne y parle plus de quatre-vingts langues différentes, ce qui explique le rôle central de l’anglais officiel et du pijin, ce créole à base anglaise qui fait office de langue commune dans les marchés et entre villages.

La Seconde Guerre mondiale sous les eaux

Pour comprendre pourquoi les plongeurs du monde entier posent les îles Salomon sur leur liste avant même d’y avoir mis les pieds, il faut parler de l’Iron Bottom Sound — littéralement, « le détroit au fond d’acier ». Cette baie entre Guadalcanal et les Florida Islands a été le théâtre de batailles féroces entre 1942 et 1943, opposant les forces alliées américaines et australiennes aux Japonais. Le résultat : des centaines d’épaves — cargo, croiseurs, destroyers, hydravions, sous-marins — aujourd’hui posées entre 15 et 60 mètres de fond, colonisées par les coraux, habitées par des carangues et des requins de récif.

Plongeur explorant une épave de navire de guerre dans l'Iron Bottom Sound aux îles Salomon
L’Iron Bottom Sound, entre Guadalcanal et les Florida Islands, abrite des centaines d’épaves de la Seconde Guerre mondiale.

L’archipel compte en tout plus de 400 sites de plongée identifiés, dont une forte proportion liée à ce conflit. Mais les épaves ne sont qu’une partie du tableau. Le lagon de Marovo, situé entre les îles de Vangunu et Nggatokae, couvre environ 700 km² et constitue le plus vaste lagon d’eau salée fermé au monde — inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO. Selon le guide plongée de Pacifique à la carte, les plongeurs qui s’y rendent sont souvent surpris par la diversité des sites et la couverture corallienne exceptionnelle que l’on y trouve, avec une visibilité parfois supérieure à 30 mètres et des températures d’eau oscillant entre 26 et 31 °C.

La plongée éco-responsable dans des environnements coralliens préservés prend ici un sens concret : le lagon de Marovo héberge des requins de récif, des raies mantas, des raies mobulas, des tortues, des barracudas et une macro-faune rare — hippocampes pygmées, poissons fantômes. Peu de destinations au monde combinent à ce point la plongée sur épaves historiques et la richesse des récifs vivants.

Le kastom : une culture qui résiste

Les îles Salomon ne se réduisent pas à leurs fonds marins. La culture mélanésienne y reste profondément ancrée, parfois jusqu’à l’inconfort pour un voyageur non préparé. Le mot qui revient le plus souvent dans les villages est « kastom » — le pijin pour désigner l’ensemble des coutumes ancestrales transmises de génération en génération, différentes selon les provinces et les clans.

Village mélanésien sur pilotis au-dessus de l'eau aux îles Salomon, Western Province
Dans la Western Province, certains villages salomonais se construisent encore sur pilotis au-dessus des lagons.

Sur l’île de Malaita, les Kwaio pratiquent encore des initiations liées aux esprits de la forêt et des chants polyphoniques qui n’ont rien à voir avec ce que les brochures touristiques montrent habituellement. Assister à une cérémonie est possible, à condition de respecter un strict code vestimentaire et de verser une contribution symbolique à la communauté. Ce n’est pas un spectacle organisé pour les visiteurs — et c’est précisément pour ça que ça vaut quelque chose.

La structure sociale repose sur le concept de « Wantok » — de l’anglais « one talk », soit ceux qui parlent la même langue. Vous devez tout aux membres de votre clan, et inversement. Environ 75 % de la population vit encore d’une économie de subsistance dans des villages reculés, entre pêche et agriculture vivrière. La plupart des maisons sont construites sur pilotis, les décisions importantes passent par le chef de clan — même quand les habitants vivent à Honiara.

La musique occupe une place à part dans cette culture. La flûte de pan en bambou, tradition originaire de Guadalcanal, Malaita et Makira, a essaimé dans tout l’archipel. Certains groupes de la région de Vonavona frappent de gros bambous avec des coques de noix de coco vides pour créer des rythmes complexes. Rien de touristique là-dedans — juste une pratique qui continue parce qu’elle a toujours existé.

Musicien salomonais jouant de la flûte de pan en bambou lors d'une cérémonie traditionnelle
La flûte de pan en bambou, instrument emblématique de Guadalcanal, Malaita et Makira, reste au cœur des cérémonies kastom.

Informations pratiques pour préparer son voyage

Depuis la France, il n’existe aucun vol direct vers les îles Salomon. Le passage par Brisbane ou Nadi (Fidji) est incontournable. Solomon Airlines, la compagnie nationale, assure des liaisons depuis Brisbane quatre jours par semaine, et gère les vols intérieurs vers les îles extérieures avec une flotte légère — Dash 8, Twin Otter, Islander. Les transferts inter-îles se font aussi en ferry, une fois par semaine sur certaines liaisons, avec des traversées pouvant durer 27 heures.

Le visa touristique de 30 jours est délivré gratuitement à l’arrivée pour les ressortissants français, contre présentation d’un passeport valable six mois après la date de retour. Tout voyageur doit remplir un formulaire numérique d’arrivée avant d’embarquer — le Solomon Islands Digital Arrival Card. La monnaie locale est le dollar salomonais (SBD). Les distributeurs automatiques existent à Honiara, mais sont rares dans les provinces.

  • La saison la plus favorable pour visiter les îles Salomon s’étend d’avril à octobre, avec des températures entre 25 et 30 °C et une mer plus calme pour les transferts inter-îles.
  • La saison des pluies, de novembre à mars, s’accompagne d’un risque cyclonique, d’une humidité forte et de routes souvent impraticables dans les zones rurales.
  • Le risque paludéen est réel dans certaines provinces — une consultation médicale avant le départ est recommandée, avec prophylaxie antipaludéenne selon l’itinéraire prévu.
  • La couverture mobile (opérateurs Our Telekom et Bmobile) est correcte à Honiara mais très limitée dès que l’on s’éloigne des axes principaux.
Marché central animé de Honiara, capitale des îles Salomon, avec vendeurs de fruits et légumes locaux
Le marché central d’Honiara, sur Mendana Avenue, constitue le premier contact avec la vie salomonaise — fruits tropicaux, poisson frais et artisanat local.

L’offre d’hébergement reste limitée et hétérogène. À Honiara, quelques hôtels proposent un confort correct — le Heritage Park et le Kitano Mendana sont les plus cités. Hors capitale, les guesthouses, les bungalows en bord de lagon et les formules d’hébergement chez l’habitant dominent. Les liveaboards — croisières-plongée — restent l’option la plus pratique pour explorer plusieurs zones en un séjour, notamment entre Guadalcanal, le lagon de Marovo et Gizo.

Il y a quelque chose d’un peu troublant à voir une destination avec autant de matière — histoire, nature, culture — rester aussi confidentielle. Les îles Salomon ne manquent ni de profondeur ni d’intérêt. Ce qui leur manque, c’est simplement d’être connues. Et peut-être que c’est exactement pour ça qu’elles valent le détour, maintenant, avant que les choses changent.

FAQ — îles Salomon

Faut-il un visa pour se rendre aux îles Salomon depuis la France ?

Non, les ressortissants français obtiennent un visa touristique gratuit de 30 jours à l’arrivée. Il faut un passeport valide six mois après la date de retour et remplir un formulaire numérique d’arrivée avant d’embarquer.

Quelle est la meilleure période pour visiter les îles Salomon ?

La saison sèche, d’avril à octobre, offre les meilleures conditions pour voyager et plonger — températures entre 25 et 30 °C, mer plus stable. La saison des pluies, de novembre à mars, expose l’archipel aux cyclones et à une humidité intense.

Les îles Salomon sont-elles une bonne destination pour la plongée ?

Oui, parmi les meilleures du Pacifique. L’archipel combine épaves de la Seconde Guerre mondiale, récifs coralliens vivants et faune pélagique dense. Le lagon de Marovo et l’Iron Bottom Sound constituent les deux zones les plus recherchées.

Comment se déplacer entre les îles ?

Solomon Airlines assure les liaisons intérieures avec une flotte légère. Le ferry hebdomadaire entre Honiara et la Western Province reste une option — mais les traversées durent de 10 à 27 heures selon la destination. Les transferts en bateau privé sont fréquents depuis les hébergements.

Y a-t-il des risques sanitaires aux îles Salomon ?

Le paludisme est présent dans certaines provinces et nécessite une prophylaxie adaptée à l’itinéraire. Des vaccinations contre la rougeole, la fièvre typhoïde et les hépatites virales sont également recommandées avant le départ.